L’examen en séance du projet de loi ouvrant le mariage et l’adoption aux couples de même sexe a débuté ce mardi 29 janvier et devrait durer deux semaines. Ce calendrier extrêmement confortable montre la volonté de la majorité d’avoir un grand débat sur cette question de société majeure. Ce débat dure d’ailleurs depuis de nombreux mois déjà : un rapide regard sur Internet suffit pour se rendre compte de la richesse des contributions en faveur ou contre le projet de loi.

 J’ai moi-même pris part à ce débat. A la fin du mois d’octobre, j’ai notamment répondu, dans une lettre ouverte, à l’interpellation du maire de Loches afin d’expliquer précisément le sens de mon soutien au projet de loi.

 Ma conviction n’a pas changé. Mais face aux réactions et oppositions, parfois violentes, je souhaite ici réaffirmer mon soutien total au projet de loi ouvrant le mariage et l’adoption aux couples de même sexe.

 Œuvrant pour l’égalité des citoyens devant nos règles communes, ce projet de loi ouvre de nouveaux droits et apporte une sécurité juridique aux familles homoparentales. Il met un terme à des discriminations envers les couples homosexuels qui devenaient insupportables.

Les principales inquiétudes qui se sont exprimées ne portaient non pas sur le mariage en lui-même mais sur la question de l’adoption par les couples de même sexe. Les nombreux courriers et courriels reçus m’appelaient à être attentif à l’intérêt de l’enfant. Mais justement, c’est aussi pour l’intérêt de l’enfant que je soutiens pleinement ce projet de loi.

 Tout d’abord, contrairement à ce que j’ai pu lire ou entendre, il n’est aucunement question de faire passer les couples adoptants comme les géniteurs des enfants. Cet argument s’appuie sur une vision passéiste de l’adoption où l’on considérait que les couples adoptants remplaçaient les parents de naissance. Il ne s’agit surtout pas de mentir aux enfants, de favoriser l’oubli de son origine ou encore de falsifier la réalité. Il ne s’agit pas non plus de savoir qui peut faire des enfants mais plutôt de savoir qui peut les élever.

 Et pour se forger une conviction sur le sujet, des données abondantes existent. Celles-ci remettent clairement en cause les arguments qui critiquent, au nom de l’intérêt de l’enfant, l’existence des familles homoparentales.

 Dès 2002, la très sérieuse « Académie Américaine de Pédiatrie » regroupant près de 55 000 pédiatres a pris position pour soutenir l’adoption conjointe par des parents homosexuels.

 Par ailleurs, parmi les nombreux travaux menés sur les enfants vivant au sein de familles homoparentales, Jennifer Merchand a sélectionné quatre études comparatives (deux américaines, une anglaise et une belge) considérée comme les plus rigoureuses pour en faire une analyse synthétique publiée en 2010 dans la collection « La vie des idées ». Il en ressort un large consensus :
- Les parents homosexuels sont comme les parents hétérosexuels,
- La grande majorité des enfants de parents homosexuels sont hétérosexuels,
- Les enfants et adolescents de parents homosexuels ne rencontrent aucune confusion d’identité de genre,
- Il n’existe aucune différence dans le comportement, les aptitudes cognitives et le développement psychologique générale des enfants et adolescents.

Par ailleurs, il se trouve que les relations parents-enfants-adolescents entretenues par les parents homosexuels sont de meilleures qualités. Il est montré notamment que ces derniers apportent un soutien émotionnel plus fréquent que chez les couples hétérosexuels.

Finalement, ce que montre ces études est qu’un enfant se porte mieux quand il est élevé par deux adultes. Car en effet, la présence de deux adultes autour de l’enfant permet l’instauration de la triangulation nécessaire à la construction de son psychisme.

Ce qui importe avec l’adoption du projet de loi ouvrant le mariage aux couples de même sexe, c’est d’apporter aux enfants un sentiment de stabilité et de durabilité. Pour cela, il est nécessaire d’offrir à chaque famille un cadre économique et juridique sécurisant. C’est tout le sens du projet de loi ouvrant le mariage et l’adoption aux couples de même sexe.

Dans quelques années, je suis convaincu que la légitimité des couples de même sexe pour se marier et adopter sera pour tous les Français une évidence comme l’est aujourd’hui l’abolition de la peine de mort ou encore la dépénalisation de l’interruption volontaire de grossesse.