J’ai présenté ce matin mon rapport sur les enjeux et les financements de la nouvelle chaine d’information publique, « Franceinfo: », qui sera lancée le 1er septembre prochain
Projet ancien, une telle chaîne a failli voir le jour en 2002, ce chantier suscite beaucoup d’interrogations concernant son volet éditorial et son fonctionnement, sur son impact en matière managériale et sociale, sur ses conséquences sur les chaînes privées et sur la capacité pour l’audiovisuel public à financer ce projet au vu de l’état actuel de ses finances.

Son arrivée dans le paysage audiovisuel français vient ainsi corriger une anomalie qui faisait de la France le seul pays européen où le service public est absent de ce secteur pourtant primordial à la défense du pluralisme, à l’enrichissement du débat démocratique et où l’expertise et la spécificité du service public ont un rôle à jouer.

Projet commun à France Télévisions, Radio France, France Médias Monde et l’Institut national de l’audiovisuel (INA), cette chaîne se veut différenciante en matière de ligne éditoriale et de contenus, privilégiant l’information avec moins d’immédiateté et d’images en boucle, au profit du décryptage et de « modules » fournis par les partenaires. Ce partenariat inédit est une plus-value intéressante pour tous les travailleurs de l’audiovisuel public et pour le travail des plus de 4 000 journalistes des différents partenaires.

Les 213 postes crées constituent le principal des dépenses qui occasionneront un surcoût de 14 millions d’euros en rythme de croisière après redéploiement. Pour 2016, ces dépenses s’élèveront à 12,8 millions d’euros en 2016 pour France Télévisions et à 2,4 millions d’euros pour Radio France, sans qu’elles n’empêchent France Télévisions de respecter sa promesse de budget à l’équilibre en 2016 ni le respect du contrat d’objectifs et de moyens (COM) de Radio France.

Les auditions des autorités de tutelle, des dirigeants des groupes publics, des chaînes d‘information privées et des représentants du personnel de Radio France et France Télévisions m’ont ainsi conduit à proposer plusieurs recommandations :
1/ Renforcer la cohésion sociale au sein des groupes apparait essentiel dans une période marquée par les restrictions budgétaires et les restructurations : les négociations collectives sur les nouveaux métiers et la polyvalence doivent aboutir et des structures communes de dialogue réunissant les représentants du personnel doivent être mises en place.
2/ Un suivi consolidé du coût et des objectifs est indispensable pour la maîtrise des risques de dérapage des dépenses au cours de la mise en œuvre de la chaîne d’information.
3/ Les obligations déontologiques dans le traitement de l’information doivent être renforcées et incluses au cahier des charges de France Télévisions. Un traitement « éthique » de l’information doit en effet permettre d’incarner le label « service publique ».
4/La chaîne ARTE devrait âtre associée à la nouvelle chaine. Ses propositions de décryptage de l’information pour les plus jeunes, tel « Arte Journal Junior » pourraient compléter utilement l’offre.
5/ Enfin, les propositions faites lors de la mission d’information sur le financement public de l’audiovisuel me semblent toujours d’actualité : améliorer la prévisibilité de la ressource et renforcer la coordination entre les opérateurs de l’audiovisuel public doit s’accompagner de la modernisation de l’assiette de la CAP. Le passage d’un « impôt sur les téléviseurs » à une contribution sur tous les appareils permettant d’accéder au service public audiovisuel est indispensable pour pérenniser le financement du service public audiovisuel.