Alors que le débat sur la question de l’identité des Régions actuelles ou futures surgit à l’occasion de la réforme territoriale qui s’annonce, l’histoire récente de la Région Centre apporte me semble-t-il quelques éléments de réponse.

Notre région s’est constituée à partir d’un territoire hétérogène allant des franges Franciliennes au nord de l’Eure-et-Loir et du Loiret, au Berry en passant par le Val de Loire d’Orléans à Blois et à Tours.

Qu’il y avait-il de commun entre Dreux et Argenton-sur-Creuse ? Pas grand chose. L’Orléanais, le Berry et la Touraine avaient-ils vocation à fusionner ? Certainement pas, d’ailleurs chacun des territoires a aujourd’hui gardé son identité alors que dans le même temps s’est forgée une véritable identité régionale autour d’un cadre de vie, d’un maillage des villes de Chartres, Orléans, Blois, Tours, Bourges et Châteauroux, réunissant acteurs économiques, universités, réseaux associatifs et culturels.

Le territoire régional est aujourd’hui une réalité pour les habitants des six départements qui composent la Région Centre. En une trentaine d’année, la Région Centre s’est forgée une identité et s’est imposée comme la 6ème région industrielle de France, la 1ère pour son agriculture céréalière, parmi les 10 premiers PIB nationaux et au 8ème rang pour l’indice de bonheur régional brut.

Notre identité, nous l’avons construite à partir de nos politiques en direction des habitants, de la jeunesse, de nos territoires et de nos entreprises. Première région expérimentatrice de la responsabilité des transports, première région instaurant la gratuité des manuels scolaires dans les lycées, première aussi à introduire des contreparties sociales et environnementales dans les aides accordées aux entreprises, seule région à proposer un dispositif original de soutien à l’emploi associatif avec CAP ASSO. Ce que nous avons su faire hier avec six départements, nous saurons le faire demain avec de nouveaux partenaires. Nos politiques territoriales : contrats de pays, villes moyennes, cœurs de villages ont créé une culture du developpement partagé, respectueuse des aspirations des bassins de vie et des priorités régionales.

C’est donc à partir de nos politiques que le sentiment d’appartenance des habitants à la Région Centre s’est construit, mais c’est aussi autour de la Loire que notre identité s’est affirmée. La Loire, aujourd’hui classée au patrimoine mondial de l’Humanité, structure notre territoire et c’est donc naturellement vers le Val de Loire et vers l’ouest que se situent aujourd’hui les aspirations majoritaires des habitants et des élus de notre Région. Notre ADN est profondément Ligérien, la logique veut donc que nous nous tournions naturellement vers la Région Pays-de-la-Loire. Nous avons aujourd’hui avec cette Région de nombreuses coopérations. Sur le tourisme, la Loire à Vélo en est une très belle illustration, avec plus d’un million de visiteurs sur les six millions qu’accueille chaque année la Région Centre. Mais aussi le Canceropôle Grand Ouest ou encore l’aménagement du territoire avec un Parc Naturel Régional partagé : le PNR Loire-Anjou-Touraine, sans oublier bien sûr la viticulture avec la renommée grandissante des vins de Loire.

La constitution d’une grande région Val de Loire constitue donc une alternative crédible à la proposition du gouvernement qui doit être étudiée et soutenue. Néanmoins, j’entends les expressions de nombreux acteurs des Pays-de-la-Loire qui semblent davantage vouloir inscrire leur avenir dans la dimension littorale et maritime de leur région.

Si tel était le cas, je veux redire mon souhait que l’avenir de la Région Centre se construise vers l’Ouest. Par définition, la position de la Région Centre nous a amené à développer des coopérations avec les huit régions qui nous entourent. Nous avons su le faire, dans l’intérêt des habitants de notre Région et dans le respect des aspirations des territoires. Les accords avec la région Ile de France pour faciliter les transports quotidiens de nombreux Eulériens vers la région Parisienne n’excluent pas de faciliter l’accès des jeunes aux universités de Poitiers ou de Limoges. Les régions ne sont pas aujourd’hui des territoires fermés mais sont des territoires de projets en interaction, elles le seront toujours demain.

Notre modèle de développement est aujourd’hui fondé sur le maillage d’un réseau de grandes villes et de villes moyennes qui irriguent leurs territoires, sans grande métropole. Ce modèle de développement pourrait demain affirmer sa pertinence à l’échelle d’une plus grande région, structurée par un réseau de villes plus que par une métropole et réaffirmant la nécessaire coopération avec les régions limitrophes dont la taille future exigera que la Région Centre s’agrandisse et se renforce également. C’est en cela que la proposition de rapprochement avec la région Poitou-Charentes n’est pas dénuée de sens.

Le débat est engagé, il sera bref, il est indispensable d’en poser les enjeux fondamentaux. Je souhaite que la région y joue le rôle central que lui impose sa situation géographique et son histoire car rien ne serait pire que de rester à l’écart du mouvement qui s’amorce.

Jean-Marie BEFFARA

Député de l’Indre-et-Loire

1er vice-Président de la Région Centre